Et si une accompagnante à la naissance venait faire une différence?

carolineLe 29 novembre 2008, je donnais naissance à mon premier enfant. Donner naissance n’est pas le terme qui s’applique dans mon cas, car on est venu m’arracher mon enfant de mon passage vaginal avec une extraction instrumentale brutale et non contrôlée. Tout juste avant, ma médecin, celle qui me suivait à chaque rendez-vous, en qui j’avais une confiance innocente, qui accouchait toutes ses patientes, m’avait ordonné de bien l’écouter, car je n’avais pas l’air de bien saisir comment pousser; elle avait crié sur les infirmières, car le capteur ne décelait pas le cœur de mon bébé; elle avait fini par arracher la prise du mur pour ne plus entendre le cœur qui décélérait en disant que cette machine était sûrement déréglée. On m’a injecté un liquide au niveau du périnée avant de me le couper en catastrophe. Tout ça, mon chum l’a vu de ses yeux; moi, je l’ai vu dans les yeux de mon médecin en perte de contrôle. Qui, sur le coup, me semblait tellement la personne ressource, l’experte, en ordonnant à gauche et à droite quoi faire; qui, sur le coup, m’a paru comme l’être qui a sauvé mon fils en étant celle qui a donné naissance à mon enfant, sans quoi je n’y serais pas arrivée.

Encore sous le choc d’avoir pu sauver mon enfant de cette naissance en urgence, je suis rentrée chez moi satisfaite et heureuse de mon accouchement. Je l’avais accompli sans péridurale, sans hormone synthétique, j’avais bien géré ma douleur, j’étais fière de moi. Mon plan avait été respecté et pour ce qui fut de la délivrance, eh bien, c’était parfait, on avait su sauver mon fils! Puis, les jours ont filé et j’ai ressenti un éventail d’émotions qui ne s’apparentaient pas à du bonheur. J’avais eu une bonne préparation en prénatal avec une accompagnante à la naissance. Nous n’avions pas ressenti à l’époque le besoin qu’elle nous accompagne à l’accouchement. Drôlement, en lui racontant au téléphone le déroulement de mon accouchement, je trouvais que le bonheur que je verbalisais n’était en fait pas aussi présent intérieurement.

Les mois ont filé et j’ai dévoré des livres sur la maternité, sur l’accouchement physiologique, et j’ai compris. Compris que je n’avais pas donné naissance, que je n’avais pas accueilli mon bébé, que j’avais subi. Subi de la violence obstétricale. Je me retrouve 7 ans plus tard à écrire ce texte et les larmes coulent sur mon clavier en tapant les mots « violence obstétricale ». Pourtant, j’avais bien dénoué la boule dans ma gorge, devant mon chum, une amie, une psychoéducatrice, une ergothérapeute (parce que oui, j’ai dû expliquer le mauvais pointage d’APGAR de mon fils, ça le suivra toute sa vie cet accouchement!) et devant ma sage-femme il y a 2 ans. En 2014, 5 ans après la naissance de mon fils, j’ai fait la demande de mon dossier d’accouchement. J’ai pris connaissance des informations dont je voulais me protéger. Ma sage-femme me l’a remis quand j’ai été prête. Ce fut finalement une délivrance, celle que je n’avais pu diriger en 2008.

Et puis la semaine dernière, j’ai accompagné une maman. C’était la gynécologue de garde, celle qui a extirpé mon fils de mon vagin. C’était la première fois que je la ressentais aussi près de moi depuis. J’anticipais ce moment. Il s’est fait en douceur, la vie me l’a envoyé comme une bourrasque de vent qui arrive par surprise et qui t’empêche de parler. Elle n’est pas venue dans la chambre, nos regards ne se sont pas croisés, j’ai entendu son nom dans le microphone, c’est elle qui a pratiqué la césarienne pour ma cliente. Le vent est reparti aussitôt. Les infirmières étaient en train de vanter ses mérites professionnels pour l’efficacité de ses sutures de césariennes. Ma cliente est partie en césarienne, je me sentais rassurée (NOT!).

Suite à mon premier accouchement, j’en ai eu un deuxième en milieu hospitalier, réparateur pour ce que ça peut en être. Après ce 2e accouchement, avec un médecin confiant de sa pratique, confiant que l’accouchement est un processus physiologique inné, j’ai décidé que je me devais d’informer le plus de mamans possible de nos capacités, du pouvoir de notre corps, de nos droits. Je suis devenue accompagnante à la naissance.

La différence

L’accompagnante joue plusieurs rôles à la fois, autant durant la grossesse et l’accouchement qu’en période postnatale. L’un d’eux en sera un de référence et d’information. L’accompagnante est une professionnelle de la périnatalité qui sait (entre autres!) informer, outiller, répondre aux questions, faire des suggestions de lectures, faire connaître les droits, expliquer les différentes interventions, présenter des alternatives, normaliser la séquence d’événements ou d’émotions ou de ressenti.

Les femmes donnent naissance depuis que le monde est monde. Mais le monde a beaucoup changé. Parfois en évolution, en stagnation ou en régression, les droits des femmes sont d’abord et avant tout universels. Parfois, ces droits sont outrepassés, voire bafoués et violés. Beaucoup de femmes se taisent ou ne réalisent pas encore que la souffrance vécue en période postnatale se rattache directement à une micro-violence qui passe encore trop souvent inaperçue.

Que ce soit des gestes réalisés sans tout d’abord les nommer, sans consentement, des attitudes dénigrantes, des commentaires méprisants ou des préjugés exprimés face à vos choix, la violence obstétricale existe. J’en ai vu, des collègues en ont vu, j’en ai vécu, mes amies en ont vécu. Autour de vous, certaines femmes en ont vécu, vous en avez peut-être vous-même vécu.

Décider d’engager une accompagnante à la naissance, c’est tendre la main à l’information. L’information complète et impartiale a un grand pouvoir : le respect. Le respect de vos volontés, de vos valeurs, de votre âme, de votre corps. Chaque femme se doit d’avoir accès à une préparation à la naissance pour savoir comment peut se dérouler un accouchement physiologique en comprenant aussi les interventions possibles avec leurs bénéfices, leurs effets secondaires, leurs conséquences et leurs alternatives. Se choisir pour ce que l’on est, ce que l’on croit, ce que l’on veut à l’intérieur de nos propres limites.

Avec votre accompagnante à la naissance, vous aurez des rencontres prénatales, qui serviront entre autres à vous informer sur les choix à faire autant en prénatal et au moment de l’accouchement qu’en période postnatale. Vous porterez ensuite un bagage de nouvelles connaissances, vos opinions évolueront et vos volontés se préciseront. Vous serez à même de pouvoir comprendre le déroulement de votre accouchement, même si celui-ci ne suit pas le tracé de votre plan de naissance.

Donner naissance est un processus inné pour le corps de la femme. Pour le réaliser, la maman doit, entre autres, se sentir en confiance. Et pour être en confiance, elle doit être entourée de personnes qui ont confiance en elle, qui respectent la physiologie de l’accouchement, qui respectent son corps, son âme, son essence, son souffle, son rythme, sa flamme, ses croyances, ses désirs. Pour accompagner une femme en travail, il faut savoir supporter ce moment important de la vie et laisser celle qui donne naissance le faire comme elle l’entend et le désire. Ce qui veut aussi dire aider et guider sans intervenir inutilement sur un processus qui se déroule normalement.

Lors de l’accouchement, l’accompagnante sera votre complice. Elle veillera à ce que vos désirs et vos droits soient respectés; votre intimité, conservée. Elle possède des milliers de petits trucs et un bon bagage de connaissances pour vous aider et vous faciliter la vie. Elle pourra vous appuyer, vous écouter, vous informer, vous aider… Elle sera votre alliée! Elle le sera autant pour le père. Celui-ci arrive à maximiser son implication quand il comprend le processus, quand il arrive à normaliser la séquence d’événements, quand il connaît les impacts des interventions, quand il se sent lui aussi respecté dans sa propre cadence. Un père impliqué dans la prise de décisions accompagnera son amoureuse, la mère de son enfant, dans la libération des émotions, dans le partage du vécu de l’accouchement. Ils seront plus connectés sur ce qu’ils auront vécu ensemble.

Cet article se veut un encouragement aux futurs parents à s’approprier la grossesse ainsi que le processus de naissance qui suivra. Une naissance suit rarement un tracé rectiligne. Parfois, l’accompagnante aide les parents à verbaliser leurs désirs à travers le langage du milieu médical. Elle y est aussi pour simplement laisser maman vivre son accouchement en minimisant les interférences.

L’accompagnante vous aide à remplir votre coffre à outils, à bâtir votre plan de naissance, à préciser les couleurs que vous souhaitez donner à l’accueil de votre bébé. Elle sera là pour mettre en place un processus décisionnel en prévision de toutes les éventualités, afin que vous soyez en pleine possession de vos moyens dans l’intensité de la naissance.

Je travaille de pair avec le personnel soignant et j’apprécie grandement quand chaque personne présente au moment de l’accouchement se sent responsable de la santé, du bien-être psychique, de la confiance et de la sécurité de ma cliente et de son bébé. Travailler de concert avec les fournisseurs de soins, oui, mais dans le respect de la femme que j’accompagne.

 

Liens :

 

Caroline_signature