Alors, t’es un peu comme une sage-femme?

Alors, t’es un peu comme une sage-femme?

Dans la vie, je n’ai jamais très bien choisi mes métiers. En fait, je crois que mes métiers m’ont choisie, mais là n’est pas la question. J’ai pratiqué et pratique encore des métiers, des professions, m’adonne à des passions merveilleuses, mais chaque fois, c’est immanquable, lorsque je réponds à la question « que fais-tu dans la vie ? », je reçois une drôle de réponse…

À la fin de mes études en musique, on me répondait: « D’accord, mais as-tu un vrai métier aussi ? » Lorsque je disais que j’étais aussi conférencière-voyage: « Wow, tu dois voyager tout le temps! » (Non, non. Les conférences, je les donne ici…). Et maintenant que je suis accompagnante à la naissance, ce n’est pas mieux.

Alors, t’es un peu comme une sage-femme ?

Non. Je ne suis pas « un peu » comme une sage-femme. Je ne suis pas non plus « beaucoup » ni « moyennement » comme une sage-femme. Les études pour devenir accompagnante à la naissance n’ont rien à voir avec celles de la sage-femme ! Celles-ci passent 4 ans et demi à l’université à étudier que ce qui touche à leur profession de façon intensive. Elles sont des professionnelles de la santé, spécialistes de la grossesse normale et de l’accouchement physiologique. Elles sont hautement formées pour tout ce qui touche à la périnatalité. Mais bon, je ne suis pas là pour expliquer le parcours du combattant de l’étudiante sage-femme. Passons.

Je ne suis pas non plus « comme » une infirmière. En fait, je suis très loin de l’infirmière. Mon champ de pratique ? La périnatalité. Les infirmières sont des professionnelles de la santé. Leur champ de connaissances est beaucoup plus large et diversifié ; leur champ de pratique, bien différent.

Et puis, non, je ne suis pas une sorcière. Eh oui, on associe souvent les accompagnantes à la naissance à des êtres mystérieux, affectionnant particulièrement l’ésotérisme, un peu louches, sans trop de formations autre que d’avoir vécu l’accouchement. Aucune idée de comment ces préjugés ont réussi à tenir le cap jusque dans notre Québec actuel. D’ailleurs, sachez qu’il existe des accompagnantes à la naissance très compétentes qui n’ont jamais accouché elles-mêmes. Elles sont plus rares, certes, mais méritent d’être mentionnées. Et sachez aussi qu’il existe d’excellentes formations d’accompagnement à la naissance qui font de nous des êtres pas si mystérieuses, mais certainement compétentes.

Alors, c’est quoi, la différence, dis?

L’accompagnante à la naissance est une professionnelle de la grossesse, de l’accouchement et de la période postnatale. Elle se spécialise dans l’accompagnement global du couple et joue un rôle de soutien. Soutien informatif. Soutien émotionnel. Soutien physique. Elle est présente en période prénatale, durant l’accouchement et en période postnatale. Elle détient des connaissances poussées en gestion de la douleur, en allaitement, en physiologie de l’accouchement, etc. Elle est un excellent complément au suivi du médecin ou de la sage-femme, mais ne saurait en rien le remplacer.

La sage-femme offre aussi un accompagnement global. Elle est aussi une professionnelle de la périnatalité : elle est, je le répète, une professionnelle de la santé. En plus du suivi sur le plan médical, elle offre aussi le soutien émotionnel, physique et informatif. Elle est présente autant en prénatal, qu’en postnatal que durant tout l’accouchement.

Qu’est-ce qui les distingue, donc?

L’accompagnante ne pose aucun geste clinique, ne fait aucun diagnostique et elle ne donne aucune prescription, alors que la sage-femme, oui. La première saura expliquer à ses clients les examens, les tests, les interventions, mais ne les pratiquera pas. Cela serait de l’exercice illégal de la médecine.

La sage-femme fait partie du réseau de la santé. Ses services sont remboursés par la RAMQ, elle est employée par un Centre de Santé de Services Sociaux (CSSS) auquel est rattaché le service sage-femme dont elle fait partie. Elle fait le suivi des grossesses normales et des accouchements physiologiques dans trois lieux de naissance: l’hôpital, la maison de naissance et à domicile.

L’accompagnante accompagne dans toutes les situations. Grossesses à haut risque,césariennes programmées, déclenchements médicamenteux, accouchements en milieu hospitalier, en maison de naissance, à domicile…  Elle ne fait pas partie intégrante du réseau de la santé et travaille de façon autonome en pratique privée, au sein d’un organisme communautaire, en centre périnatal, etc.

La sage-femme, c’est une expertise clinique, un savoir énorme, une compétence impressionnante, une relation de confiance. L’accompagnante, c’est un refuge de confiance pour le couple, qui les aide à traverser ce moment important, peu importe comment, peu importe avec qui, peu importe où.

Bref, non, je ne suis pas un peu comme une sage-femme, je suis accompagnante à la naissance. Entièrement.